Giuseppe Muti

Mafias et trafics de drogue: le cas paradigmatique et controversé de Cosa Nostra sicilienne.

En matière de drogues illicites le 20ème siècle se caractérise par l’interrelation de trois phénomènes qui participent d’une chaîne de causes à effets dont les interprétations sont controversées: 1) la forte croissance du nombre de consommateurs, leur expansion dans l’espace et la diversification de leurs préférences; 2) la diffusion des zones de culture des plantes indispensables à la production des drogues illicites; 3) l’affirmation du prohibitionnisme en tant que politique unique en matière de drogues, visant à l’éradication tant des consommations que des cultures.
Cette politique prohibitionniste a entraîné l’émergence d’organisations complexes, capables d’échapper aux contrôles institutionnels et de connecter en permanence les espaces de production aux marchés de consommation. Les importants investissements et les difficultés logistiques impliqués par ce trafic ont sélectionné trois catégories majeures d’acteurs: les organisations criminelles, les services secrets au cours de leurs opérations clandestines, les mouvements politiques en panne de financement (1). Face aux énormes profits engendrés par une économie dynamisée par la répression (2), ces acteurs sont profondément différents tant au niveau des leurs prérogatives que des leurs objectifs. Cependant, seule la criminalité organisée est perçue comme intrinsèquement liée à la drogue, de sorte que la plupart des représentations associent les deux phénomènes. Bien que réductrice, cette association n’est pas dépourvue de fondement. En effet certaines organisations criminelles ont contrôlé et contrôlent encore, parfois de manière hégémonique, des segments stratégiques de ce trafic.
Controversé sous de nombreux aspects, le cas de Cosa Nostra sicilienne est à ce titre paradigmatique. Cette contribution se propose de l’analyser selon deux parcours. D’une part en mettant en évidence certaines caractéristiques de Cosa Nostra qui en font un acteur géopolitique de premier plan et un modèle spécifique pour nombre d’organisations criminelles. D’autre part, à travers l’analyse du rôle historique de Cosa Nostra dans le trafic de drogue, en illustrant les influences réciproques entre l’organisation et le délit spécifique.
A cette fin, la synthèse descriptive propre à la géographie peut se révéler efficace, permettant de surmonter l’atomisation et la pluridisciplinarité du sujet, voire d’en tirer parti (3). La pensée géographique de Roberto Mainardi semble pouvoir compléter ainsi celle de François Thual qui prône la méthode géopolitique pour déchiffrer l’actualité en la décortiquant de sa gangue d’immédiateté.(4)


Cosa Nostra sicilienne: un centre de pouvoir criminel

En 1986, 475 associés de Cosa Nostra sont mis en cause tous ensembles au cour du ” Maxi-procès ” de Palerme. 344 d’entre eux sont condamnés pour un total de 2.655 années de prison pour cause d’appartenance à l’organisation mafieuse ou pour trafic de drogue. Les 8.607 pages de l’acte d’accusation démontrent pour la première fois l’existence de l’organisation mafieuse sicilienne – jusqu’alors controversée voire niée – et son engagement dans les trafics internationaux des drogues. La sentence représente Cosa Nostra comme: 1) une forme de contre pouvoir de par sa nature criminelle; 2) une forme de pouvoir dissimulé dans la société et capable de s’adapter aux changements historiques; 3) un ordre juridique qui partage avec l’État-nation certains caractères fondamentaux tels que le territoire, le code et un groupe d’affiliés qui s’y conforment ou s’y adaptent; 4) un centre d’influence qui programme et réalise des plans d’expansion géographique et de renforcement de son rôle aux différentes échelles.
Ces caractéristiques doivent être approfondies si l’on veut démontrer la dimension géopolitique de cette organisation mafieuse qui la différencie des organisations criminelles classiques.
Comme Umberto Santino l’explique dans son ” paradigme de la complexité “, le mot ” mafia ” définit ces organisations criminelles qui : 1) agissent à l’intérieur d’un contexte relationnel vaste et ramifié, 2) configurent un système de violence et d’inégalité destiné à l’accumulation des capitaux et à l’acquisition et la gestion de positions de pouvoir, 3) usent d’un code culturel, 4) jouissent d’un relatif consensus social. Le contexte relationnel mafieux, composé de rapports de parenté, d’amitié, d’intérêt, de contiguïté et de complicité, est en mesure de s’affirmer dans des conditions de développement économique comme de sous-développement. Le bloc social qui en dérive est hiérarchiquement organisé à travers toute la société: des catégories sociales les plus pauvres, excellent bassin de recrutement pour la main-d’œuvre, jusqu’à ce véritable pactum sceleris entre les plus hautes sphères du pouvoir politique et économique, la haute société et les sommets de l’organisation mafieuse: une sorte de club privé que le sociologue palermitain qualifie de ” bourgeoisie mafieuse ” (5).


La structure, le contrôle du territoire et les activités de l’organisation

Cosa Nostra est l’organisation mafieuse originaire de l’aire palermitaine qui s’étend dans toutes les provinces de la Sicile à l’exception de celles de Messine et de Syracuse. Pour entrer dans cette structure de pouvoir disséminée sur le territoire, il faut être sicilien, être coopté par plus d’un membre et prêter un serment chargé de signification magique et religieuse. Cosa Nostra est régie par un appareil administratif, par un système de règles orales mais très coercitives, et par un système juridique qui prévoit la peine de mort. Unitaire et pyramidale, cette organisation se base sur les ” familles “: des groupes de 30 à 40 membres rigoureusement répartis sur un territoire délimité par les frontières des quartiers, dans la ville de Palerme, et par les délimitations des villages dans la région. Une famille est composée de plusieurs groupes d’une dizaine d’hommes commandés par un ” chef de dizaine “. Elle est dirigée par un chef de famille, élu par les affiliés et flanqué d’un sous-chef et d’un ou plusieurs conseillers. Trois familles ou plus, territorialement contiguës, forment une entité majeure, le ” mandamento “, coordonnée par un chef élu par les familles. La réunion des ” chefs-mandamento ” constitue la commission, organe de gouvernement au niveau provincial commandé par un ou plusieurs coordinateurs et mieux connu sous le nom de ” cupola “. Enfin, au niveau régional, la réunion des chefs de commissions provinciales constitue à son tour la commission ” inter-provinciale ” dans laquelle le chef de la commission Palerme joue un rôle majeur. De fait, comme il est rappelé dans la loi anti-mafia de 1982, l’organisation mafieuse exerce un pouvoir réel sur le territoire grâce à la force d’intimidation engendrée par le serment d’appartenance qui entraîne assujettissement et ” omertà ” (6), deux conditions qui ne concernent pas seulement l’organisation elle-même mais surtout ses rapports avec la société.
Sur son territoire et avec l’accord de son chef de famille, chaque affilié peut se consacrer à toutes les formes d’activités illicites: il lui suffit de partager ses revenus avec la famille et son chef. Son serment prévoit qu’il respecte le secret envers l’extérieur, qu’il soit loyal au sein de la famille et de l’organisation, et qu’il soit disponible pour toute opération décidée au niveau supérieur. La commission est le véritable centre de décision: elle règle les différends entre les familles et gère les affaires en commun en coordonnant les stratégies. En son sein, sont discutés et planifiés les homicides importants qui doivent aussi être portés à la connaissance du chef de la famille dont le territoire est concerné par le meurtre. L’autonomie relative des cellules territoriales de base et la coordination assurée par les organismes collégiaux permettent à l’organisation de se consacrer à de nombreuses activités criminelles. Celles-ci peuvent être cataloguées selon les critères suivants: 1) structurelles: directement liées à l’existence de l’organisation et au contrôle du territoire – racket, extorsion, usure, falsification d’appels d’offre, des marchés publics et des activités économiques locales-. 2) contingentes: liées à des conditions transitoires et spécifiques qui peuvent abriter un certain type d’activités illicites – enlèvements de personnes, contrebande, trafic de déchets toxiques, de bijoux, de monnaie et, évidemment, de drogues -. 3) instrumentales: complémentaires par rapport aux deux autres catégories ou liées au fonctionnement de l’organisation – homicides, corruption, blanchiment d’argent et investissement de capitaux dans l’économie licite -.
Ces activités mafieuses nourrissent un débat qui s’articule principalement autour de deux controverses. L’une concerne la capacité d’adaptation d’une organisation prise entre tradition et innovation : dans la mesure où les anciennes activités ne sont jamais abandonnées, leur importance ne diminue progressivement qu’en faveur de nouvelles affaires. L’autre question concerne l’interprétation faite de la mafia en tant qu’entreprise et relève des études de Pino Arlacchi en 1983. Il existait selon lui une vieille mafia en ” compétition pour l’honneur et le prestige ” et il existerait désormais une nouvelle mafia, née parallèlement au trafic de drogue, en ” compétition pour l’accumulation d’argent ” (7). Une configuration qui implique l’existence d’entrepreneurs mafieux favorisés par trois avantages compétitifs: le découragement de la concurrence, la capacité de gérer avec flexibilité la main-d’œuvre en comprimant les salaires, la disponibilité d’argent liquide. Deux autres représentations mettent l’accent sur une conception moins économique et plus politico-militaire de l’entreprise mafieuse. Selon Raimondo Catanzaro, la mafia serait une ” entreprise du délit ” en mesure d’offrir le ” service de protection ” que l’État n’arrive pas à garantir sur tout son territoire (8), le paradoxe étant ici que l’assureur est lui-même à l’origine du risque. Selon Diego Gambetta (9) enfin, la mafia produit, promeut et vend la ” protection privée ” en protégeant les transactions économiques caractérisées par la défiance entre les parties. Puisque le crime est l’activité où la défiance est maximale, la ” protection privée ” génère une véritable ” extorsion territoriale ” qui s’exerce sur les sujets économiques licites et illicites.


La subjectivité politique de la mafia et la valeur de la violence

Le rapport entre la mafia et la politique est absolument central bien qu’il se prête difficilement à l’interprétation ; il est caractérisé par une réciprocité intense et systémique, aisément visible dans le cas de Cosa Nostra. D’un côté, l’organisation mafieuse ne reconnaît pas l’ordre judiciaire légal et le monopole étatique de la force. Elle est, de ce fait, en dehors de et contre l’État. D’un autre côté, la mafia vise à s’approprier des ressources publiques et participe activement à la formation des décisions politiques faisant élire ses candidats. De ce point de vue donc, elle est dans et avec l’État. C’est l’État même qui, néanmoins, fait preuve d’une attitude ambivalente envers la mafia. Souvent, il ne réussit pas à préserver son monopole de la force et n’exerce pas ses prérogatives juridictionnelles. (10) Alors, en ne punissant pas systématiquement les délits, l’État semble légitimer ou en tout cas reconnaître de facto l’action et le pouvoir de la mafia. En effet, l’engagement de l’État italien dans la lutte contre le phénomène mafieux a toujours été défini par son caractère d’urgence et de circonstance. Après des crimes sanglants qui soulèvent l’indignation de l’opinion publique, l’activité législative et gouvernementale s’oriente vers des lois sévères et des interventions incisives. Cette attitude s’estompe quand la mafia limite son recours à la violence et surtout lorsque les contrôles sont orientés vers des cercles et des intérêts privilégiés (la dite bourgeoisie mafieuse). Alors, de surprenants mécanismes de limitation du contrôle et de la juridiction se mettent en marche.
La violence est, en définitive, la principale ressource de l’organisation mafieuse. Elle n’est pas une fin en soi et l’organisation l’utilise avec circonspection, privilégiant en premier lieu la menace. Dans cette optique, il convient de souligner la valeur stratégique de la corruption mafieuse : étant fondé sur la coercition, ce système criminel pourrait se dispenser de la corruption. Cependant, en contenant la violence et en distribuant ces bénéfices illégitimes, l’organisation mafieuse implique directement la société, étape indispensable au contrôle effectif du territoire. Pour l’organisation, la violence est aussi un langage et sa montée en puissance constitue un avertissement répété pour celui qui refuse de se soumettre au pouvoir territorial; mais un attentat peut aussi être un signal visant à ouvrir un canal de communication privilégié avec un destinataire précis. A l’intérieur de l’organisation, la violence est soit un signe de distinction et de prestige soit l’expression des mutations hiérarchiques et structurelles. De telles modifications sont très graduelles et stratégiquement préméditées dans un dessein de large envergure dont les guerres sanglantes entre les familles – dites ” guerres de mafia ” – ne sont que les moments les plus visibles.


La parabole de Cosa Nostra dans le trafic de drogues illicites

Le succès de Cosa Nostra dans le trafic de drogue s’explique par son contrôle du territoire sicilien et par l’efficacité du réseau basé sur la diaspora. Le contrôle territorial de l’île est indispensable pour raffiner et faire transiter la drogue en toute sécurité. Les cellules internationales diffusées pendant les diasporas permettent d’étendre la toile d’araignée dans les cinq continents. Il s’agit d’une structure de contact en mesure de transporter n’importe quel produit vers n’importe quelle destination, son efficacité étant assurée soit par le pacte associatif soit par l’origine géographique commune. Il est à ce titre significatif de constater comment nombre de parrains dans le monde entier sont en fait originaires des mêmes villages de Sicile.


Naissance et évolution d’un réseau moderne du trafic de drogue

Salvatore Lucania dit ” Lucky Luciano ” est le précurseur du moderne réseau de la drogue et le planificateur des deux organisations criminelles de Cosa Nostra : l’américaine et la sicilienne.
Grâce à sa redoutable capacité de gestion démontrée dans les milieux de la prostitution et de la drogue pendant la prohibition, il devient dans les années 30 l’artisan du rassemblement des groupes criminels américains au sein de l’organisation unitaire ” La Cosa Nostra “. A la fin des années 40 il est extradé vers l’Italie avec deux autres mafieux italo-américains. Envisageant déjà leurs affaires, les trois parrains s’installent dans les trois villes stratégiques de la péninsule: Luciano à Naples, Joe Adonis à Milan et Franck Coppola à Rome. Depuis l’Italie (11) ils continuent à alimenter leur propre ” industrie du vice ” aux États-Unis. Luciano s’approvisionne en stupéfiants auprès des industries pharmaceutiques complices et contrôle une structure de contrebande en Méditerranée. Son réseau s’étend de la Sicile, où il partage ses revenus avec le patriarche mafieux Calogero Vizzini de Villalba, à Cuba, jusqu’aux États-Unis où son autorité demeure incontestée. Dans le contexte d’un marché des stupéfiants encore faible, les grosses quantités d’héroïne dont Luciano disposait (12), laissent supposer qu’il avait réellement monopolisé les marchés de la drogue jusqu’à la fin des années 50. A partir de la seconde moitié de la décennie, toutefois, les conditions du réseau changent : Cuba perd tout intérêt stratégique dès la révolution; aux États-Unis les contrôles se durcissent (13) ; en Sicile les dynamiques mafieuses sont bouleversées par deux familles en lutte pour la suprématie. Pour faire face à ces changements majeurs Luciano organise le plus important sommet mafieux de l’histoire.
En octobre 1957 le gotha de La Cosa Nostra américaine et celui de la mafia sicilienne – dirigée par Giuseppe Genco Russo de Mussomeli – sont réunis à hôtel des Palmes de Palerme. En pouvant se dérouler dans le plus luxueux hôtel du centre ville sans aucune interférence des forces de l’ordre, ce sommet illustre parfaitement l’efficacité du contrôle mafieux du territoire. A cette occasion, la mafia sicilienne adopte la structure organisationnelle déjà expérimentée aux États-Unis et emprunte aussi le nom de l’organisation américaine en devenant ” Cosa Nostra ” sicilienne. En matière de trafic de drogue l’accord intervenu reste controversé dans son contenu mais représente quand même un pivot dans l’histoire de ce genre de trafics. Fort des sources d’approvisionnement de Luciano, le réseau est réorganisé sur les familles de Castellammare del Golfo en Sicile, ou Luciano imbrique de façon continue les deux groupes émergents, et sur la toile d’araignée en dehors de l’île: la cellule de coordination placée à Milan, sous le control de Joe Adonis, et les compartiments de distribution aux Etats-Unis coordonnées par Santo Sorge et Franck Garofalo.
Le casus belli étant un stock d’héroïne dont une partie du paiement aurait été détournée, à la mort du parrain en 1962 les rivalités entre les deux familles concurrentes – les Greco et les La Barbera – donnent lieu à la première guerre de mafia en Sicile. Après le massacre de Ciaculli, ou 7 carabiniers sont tués, l’État répond avec force à la montée en puissance de la violence. Avec ses meneurs en fuite ou sous le coup de la justice, Cosa nostra subit un premier revers important, dissout la cupola et courbe l’échine selon une stratégie résumée par le proverbe ” calati giunco che passa la piena ” (14). L’ère Luciano achevée, s’ouvre celle des Marseillais et des Corses, depuis toujours en collaboration étroite avec les parrains italo-américains. Forts de leurs appuis politiques et d’un environnement local favorable (15) qui inhibent les forces de l’ordre, les ” Français ” disposent d’une expérience solide dans les réseaux méditerranéens qui apparaissent à cette époque comme la clef de voûte du trafic de drogue. Ainsi, ils se procurent la morphine en Turquie, la raffinent à Marseille et l’envoient aux États-Unis grâce à leurs contacts au Canada ou par la filière sicilienne bâtie lors du sommet de Palerme. Coordonnée depuis la place logistique et diplomatique de Milan et basée sur les unités criminelles placées à Rio de Janeiro, à Caracas, à Montréal et à New York, cette dernière filière est tellement bien organisée, et donc invisible, que son existence même est mise en doute voire niée (16).


La domination de l’île pour le contrôle des trafics: changements de dirigeants et continuité des transactions

La guerre de la mafia s’achève en 1969 et Cosa Nostra, fortifiée par la vague d’acquittements des procès de Catanzaro, Bari et Palerme, se reconstitue autour d’une nouvelle commission régie par un triumvirat. Au début des années 70 Gaetano Badalamenti, Stefano Bontade et le corléonais Luciano Liggio gèrent, les trois principales activités contingentes de l’organisation: 1) l’exportation de drogue vers les marchés les plus rentables, 2) Les enlèvements de personnes, surtout du fait des Corléonais qui augmentent leur capacité financière et, selon une stratégie de conquête du pouvoir à long terme, diminuent le prestige des familles adverses. 3) La contrebande de tabac: en cooptant les principaux contrebandiers de l’île et les spécialistes napolitains, l’organisation fait irruption dans le réseau méditerranéen où le déclin des Corses et des Marseillais est patent.
Relevant toujours du schéma étudié à Palerme en 1957, jusqu’en 1978 le trafic de drogue se base sur l’alliance des familles Gambino-Bonnano aux États-Unis et Bontade-Badalamenti-Spatola en Sicile. En ce qui concerne l’approvisionnement et le raffinage, l’organisation se substitue progressivement aux Marseillais en empruntant leurs contacts, leurs routes et leurs chimistes. Touchant désormais aussi les marchées européens, la commercialisation repose sur la fiabilité des rapports de parenté et sur le contrôle effectif des artères et des carrefours stratégiques de la Sicile: le golfe et le port de Castellammare, l’aéroport de Punta Raisi sous la coupe de Gaetano Badalamenti et une des seules autoroutes de l’île, entre Palerme et Trapani, qui relie toutes les zones du trafic dans un véritable ” district de l’héroïne “.
Avec la destitution de Tano Badalamenti de la commission provinciale, en 1978 les corléonais commencent à poser des jalons pour la prise du pouvoir. Les Corléonais sont à la fois une famille originaire de Corleone et un courant transversal au sein des diverses familles de Palerme. Ce courant possède deux prérogatives particulières: le secret de l’identité des affiliés au sein de l’organisation même et ” l’a-territorialité” dans l’aire palermitaine qui garantie une grande liberté d’action. Le nouveau parrain Toto Riina unit sous sa direction les pions stratégiques de toutes les familles, en commençant par celles qui émergent localement et celles qui sont le plus en marge des retombées économiques du trafic de drogue. Il réussit ainsi à évincer la faction adverse en décapitant les commandements et en exterminant les irréductibles. Avec un excellent sens tactique, il ne change pas les bases stratégiques et opérationnelles du trafic de drogue mais apaise les inquiétudes des affiliés en distribuant des fonctions de prestige et d’importantes compensations économiques. En outre, il favorise le rapprochement de ses propres réseaux de drogue au sein du réseau existant; c’est le cas de la famille Santapaola de Catane, impliquée dans le trafic collectif d’héroïne mais aussi dans l’importation de cocaïne et de haschisch de manière autonome.
Après 1978 et pendant une dizaine d’années, Cosa Nostra sicilienne approvisionne les marchés occidentaux de l’héroïne de manière presque hégémonique et intensifie progressivement l’importation de cocaïne vers le marché européen essayant de créer un canal d’importation en exclusivité avec le cartel de Medellin. Les bénéfices tirés sont inimaginables mais le prix à payer l’est tout autant et – avec le Maxi-procès – il marquera à jamais l’histoire de l’organisation.
La stratégie corléonaise, en fait, entraîne une nouvelle guerre de mafia qui compte un millier de morts entre 1981 et 1982 et une escalade phénoménale de la violence contre les institutions nationales (17). Vraisemblablement encouragée par les revenus exceptionnels de la drogue, cette dérive ultra-sanguinaire de l’organisation entraîne l’État à combattre de nouveau l’organisation criminelle. Le ” Pool antimafia ” du parquet de Palerme s’attaque à l’activité la plus exposée de l’organisation : le trafic de drogue.
Le côté financier du trafic, en particulier, atteint des proportions qui désormais ne peuvent plus être dissimulées: au début des années 80, on convertit plus de dollars en lires à Trapani que dans les bureaux de change de Milan (18); entre 1952 et 1982, le nombre d’agences bancaires en Sicile augmente de 125% (le double par rapport à la moyenne nationale) ; entre 1962 et 1982, le nombre d’agences d’établissements bancaires régionaux augmente de 586% (contre 83% au niveau national) ; certaines connaissent des augmentations de dépôts de 500% à 1000% et plus. Les investigations bancaires taxonomiques des juges de Palerme, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, s’accompagnent d’une méthode d’enquête innovatrice qui prévoit la collaboration judiciaire internationale, ce qui dévoile l’internalisation de Cosa Nostra. Un phénomène inattendu mais décisif soutient les efforts de la lutte antimafia : les repentis. Effet pervers de la stratégie de Riina, un nombre croissant de ressortissants de l’organisation collabore avec la justice en révélant les secrets de Cosa Nostra.


Les dynamiques logistiques de la toile d’araignée

Dès la fin des années 70, l’engagement de Cosa Nostra dans le trafic d’héroïne est basé sur un système qui donne la priorité à l’efficacité sur les dynamiques familiales, ce qui bouleverse l’équilibre des familles. Certains affiliés gèrent en exclusivité les principales opérations en pouvant y associer, pour garantir leur bonne marche, des individus de n’importe quelle famille voire des non affiliés. Les autres membres peuvent fournir un soutien financier selon les modalités décidées par la cupola et par les chefs des familles : il s’agit d’un système de quotes-parts fondé sur la distribution des revenus et le partage des risques. L’investisseur choisit les opérations à financer et son retour sur investissement sera soit une part d’héroïne raffinée soit des liquidités après commercialisation.
Au cours des années 80, la péninsule apparaît la plaque tournante la plus importante du trafic international de stupéfiants. L’acte d’accusation du Maxi-procès étend le rôle opérationnel de la plate-forme sicilienne dans le trafic de drogue (19). Elle n’est pas pour autant le seul embranchement, le territoire à la frontière nord-est – compris dans le triangle Milan, Bolzano, Trente – démontrant son efficacité soit comme débouché de la route des Balkans soit comme passage obligé des capitaux vers la Suisse (20).
Pour ce qui concerne la Sicile, la morphine-base et l’héroïne y sont importées du Moyen-Orient et de la Thaïlande. Dans le premier cas, l’enquête identifie les deux sources principales dans deux ressortissants turcs basés en Bulgarie. Dans le deuxième cas, le contact principal est originaire de Singapour et il est directement accrédité par le seigneur du Triangle d’Or, Khun Sa. Les affiliés de Cosa Nostra avec une solide expérience dans la contrebande en Méditerranée monopolisent l’importation de drogue dans l’île. Le raffinage est aussi compartimenté de manière rigide et les hommes qui y participent sont sélectionnés avec soin : après une période durant laquelle des chimistes français sont enrôlés, ce sont certains affiliés adéquatement formés qui se chargent des opérations. De la fin des années 70 jusqu’à la fin des années 80 de nombreuses raffineries sont découvertes tout le long de l’autoroute du ” district de l’héroïne “. A deux reprises au moins, en outre, l’organisation a acheté plusieurs centaines de kilos de morphine-base en extrême orient les transformant en héroïne au cours du transport par mer.
La phase d’exportation est assurée en exclusivité par les affiliés qui contrôlent les meilleures routes, comme les frères Spatola qui poursuivent leurs affaires en dépit des changements de leadership. C’est pourquoi, les stocks appartenant à plusieurs familles et destinés à différents acquéreurs, sont traités et transportés en un seul chargement avant d’être partagés à l’arrivée. La distribution en gros et demi-gros, enfin, est assurée par les ” compartiments extérieurs ” de l’organisation, aussi efficaces en Amérique que sur les grandes places européennes. La cellule la plus importante est active à New York depuis 1979 et fonde ses racines dans l’organisation sortie du sommet de Palerme en 1957. C’est le ” groupe Catalano “, connu depuis 1986 grâce à l’enquête américaine dite de la ” Pizza connection “. Autonome par rapport aux familles américaines, aux-quelles il réserve une quote-part des revenus, cette cellule est composée d’affiliés à Cosa Nostra sicilienne et opère à Brooklyn avec des ramifications dans toutes les grandes villes américaines par le biais des fameuses “pizzerias”.
Le blanchiment de l’argent sale est lui aussi géré par un nombre très limité d’affiliés à la compétence particulière. Dès le début des années 70 des cellules internationales de blanchiment sont placées dans des paradis fiscaux tels que Aruba, la City de Londres et la Suisse. Ce dernier pays, en particulier, est présenté par les enquêteurs comme le véritable pivot du trafic de stupéfiants grâce à la présence d’affiliés tels que Roberto Vito Palazzolo. D’autres filières du blanchiment, découvertes au cours des années 70 et 80, démontrent le rôle central de la loge maçonnique ” P2 ” en tant qu’interface entre mafia, politique et économie. Un cas est établi, celui de Michele Sindona, banquier du Vatican qui recyclait l’argent sale de la faction Bontade-Badalamenti à travers ses instituts de crédit. Membre majeur de la loge P2, il était lié aux hommes les plus importants du pays parmi lesquels le Président du Conseil Giulio Andreotti. C’est d’ailleurs en enquêtant sur l’affaire Sindona que les magistrats découvrent la loge P2, véritable centre de pouvoir subversif reliant nombre d’intérêts privés aux champs de forces de la guerre froide.
Le rôle majeur de la loge P2 est aussi évident dans le cas de l’embranchement du Nord-est. Le trafic est ici coordonné par la cellule milanaise de Cosa Nostra qui réceptionne, dans un dépôt près de Trente, de la morphine-base et de l’héroïne provenant du clan turc des Urgulu. Chargée à bord de camions protégés par l’accord international TIR, la drogue emprunte la route des Balkans via le passage du Fernetti à la frontière yougoslave. Ensuite, elle est envoyée en Sicile pour le raffinage ou distribuée directement sur les marchés nationaux ou continentaux. Ce trafic s’accompagne, au retour, d’un trafic d’armes de guerre destinées à des mouvements politiques et des pays sous embargo. Avant de s’enliser, l’enquête prend de l’ampleur en impliquant des institutions, des personnalités internationales, des services secrets des deux blocs, et ladite loge maçonnique. Deux considérations centrales émergent de cette investigation: 1) l’existence, l’efficacité et la protection du réseau illicite l’emportent sur les acteurs et les trafics ponctuels, 2) la duplicité de Cosa nostra, à la fois garante des transactions grâce à sa maîtrise des routes et bras armé aux ordres d’un obscur centre de pouvoir supérieur.


Nouvelles évolutions et vieux mystères à la fin du 20ème siècle

La fin de l’antagonisme bipolaire – dans lequel Cosa Nostra a toujours joué un rôle non secondaire dès le soutien donné par Lucky Luciano aux alliés lors du débarquement en Sicile en 1943 – a entraîné un bouleversement radical de la politique italienne, étant à la base du passage à la dite seconde République. Le retournement des alliances politiques a produit deux effets : dans le Nord du pays il a déclenché les enquêtes pour corruption connues comme ” Mains propres “, dans le Sud il a privé Cosa Nostra de ses référents politiques, ceux de la Démocratie Chrétienne en particulier. Faits sans précédent, les condamnations du Maxi-procès ont été confirmées en appel puis en cassation le 31 janvier 1992. Après la vengeance mafieuse contre les juges Falcone et Borsellino, Cosa nostra a décidé de punir les vieux alliés qui n’avaient pas soutenu les engagements. Les homicides du parlementaire européen Salvo Lima et du notable Ignazio Salvo – hommes de confiance de Giulio Andreotti en Sicile – peuvent être lus sous cette optique. Deuxièmement elle a essayé de trouver de nouveaux référents politiques fiables : après avoir repoussé l’hypothèse d’entrer directement dans l’arène politique avec un parti/ligue sur le modèle de la Ligue du Nord, l’organisation criminelle choisit d’attaquer (21) franchement l’État pour chercher d’ouvrir un nouveau canal de communication.
Cette stratégie meurtrière a réveillé pour la troisième fois l’Etat qui a engagé contre Cosa Nostra une lutte sans frontière durant la décennie 90. L’organisation mafiuese sicilienne donc : 1) s’est restructurée, la dictature corléonaise faisant place à une plus ample autonomie de la périphérie ; 2) a de nouveau opté pour la stratégie du silence avec une gestion plus politique que militaire des points de friction; 3) a transférée à d’autres organisations, surtout étrangères, les affaires jugées plus dangereuses, désormais épuisés ou encore trop visibles, 4) a choisi de se dédier à une pénétration de plus en plus incisive dans l’économie légale.
Tout cela a contribué à réduire son implication directe dans le trafic de drogue. La ‘Ndrangheta calabraise en premier lieu et les organisations ethniques d’immigration récentes ensuite, se sont substituées aux siciliens dans la gestion pratique du trafic. La redistribution internationale des rôles et la tendance connexe à rapprocher les pôles de raffinage aux aires de production ont éloigné les laboratoires de la péninsule. Le barycentre du Network méditerranéen s’est déplacé vers les côtes occidentales de la péninsule balkanique, où de nombreux mafieux en fuite ont trouvé refuge. Aujourd’hui le trafic de drogue impliquerait seulement ces affiliés liés traditionnellement à la spécialité, même si l’organisation maintiendrait son influence dans le milieu des investissements financiers dans le trafic international.
La dimension économique et financière de la mafia, et plus particulièrement l’infiltration des confréries criminelles à l’intérieur des activités économiques licites continue d’être un des thèmes les plus obscurs de tout le phénomène mafieux. Selon les estimations de Confcommercio (22), aujourd’hui en Italie le volume d’affaires criminelles serait supérieur à 150 milliards d’Euros (entre 15 et 20% du PIB) et les organisations criminelles contrôleraient environ 20% des structures opérant dans le secteur commercial et des services, ainsi que le 15% des entreprises de manufacture. Les enquêtes, par contre, ne réussissent pratiquement jamais à dépasser les aspects névralgiques du côté économique du crime. Ceci s’explique par le fait que la destination finale de l’argent n’est connue que par les sommets des organisations, parce que les techniques d’enquête ne sont pas adaptées aux techniques de blanchiment et, encore, parce qu’au-delà d’un certain niveau de richesse et de pouvoir, il y a un changement complet du jeu, des joueurs et du scénario de référence: la dite bourgeoisie mafieuse jouit d’un haut degré d’impunité. Les enquêtes qui aujourd’hui cherchent à élucider le cheminement des capitaux provenant du trafic de drogue, touchent quand même les plus grands empires économiques et financiers nationaux et nombre de parlementaires.
Depuis le 2000, l’attention des institutions envers la mafia s’est progressivement dissipée jusqu’à réaliser une inversion de tendance: selon Luca Tescaroli, procureur au procès du massacre contre le Juge Falcone, ” aujourd’hui, dans l’imaginaire collectif italien, la criminalité organisée de type mafieux représente un non-problème. C’est redevenu un sujet qui concerne peu de gens, magistrature et forces de l’ordre surtout ” (23).


Les revenus de la drogue passeport pour la globalisation

Pour réussir dans le trafic de drogue, la mafia sicilienne s’est révélée en mesure de transformer au besoin son organisation interne, tout comme la structure opérationnelle des trafics, selon des schémas qui démontrent encore leur efficacité après un demi-siècle. Cinquante ans avant la chute du mur de Berlin, le réseau primitif de Lucky Luciano fonctionnait déjà comme une entreprise mondialisée. Dès la fin des années 60, en outre, l’organisation mafieuse du trafic de drogue par excellence a crée le premier réseau moderne de blanchiment d’argent. Cosa Nostra a donc précédé, jusqu’à peut-être l’inspirer, la mondialisation du capital financière et spéculative.
L’importance stratégique du contrôle du territoire se révèle tant en Sicile que pour les cellules externes qui agissent au dehors du territoire traditionnel et qui, bien que fonctionnellement intégrées au trafic et au blanchiment, sont dotés d’une relative autonomie. A ce titre, Claire Sterling focalise sur la représentation controversée d’une pieuvre universelle (24). Certaines caractères pathogènes en mesure d’abriter cette implantation criminelle transnationale sont évidents ; ils peuvent expliquer aussi l’actuel ancrage territorial des groups criminels d’immigration récente Il s’agit de : 1) la tradition mafieuse, qui consent une pénétration efficace dans la société ; 2) les cultures anti-étatiques, qui causent une passivité au sein de la citoyenneté ; 3) le système politique corrompu, qui offre hospitalité reproductive à la criminalité, en partageant avec elle méthodes et objectifs. L’appui politique est à ce titre fondamental et Cosa Nostra a joui, au moins jusqu’au 1982, de la plus haute légitimation politique possible : c’est ce qui émerge – paradoxalement mais de toute évidence – du procès qui en novembre 2003 a innocenté le sénateur Giulio Andreotti.
Il n’existe aucune estimation fiable des bénéfices économiques accumulés grâce au trafic de drogues ; ils sont couramment comparés au PIB d’un État-nation de moyenne-haute importance. Un enrichissement de telle envergure a eu un double effet sur Cosa Nostra. Il a été le point faible de la structure et l’outil le plus important, avec le phénomène des repentis, grâce auquel les enquêtes ont réussi à dévoiler les délits de l’organisation. Selon certaines interprétations, en outre, les règles mêmes de Cosa Nostra auraient été érodées de l’intérieur, l’accumulation de richesse ayant pris la place des traditions consolidées dans la motivation de bon nombre d’affiliés. De l’autre côté, cet enrichissement a permis l’accumulation financière initiale qui a fait de l’organisation un acteur économique de premier plan, avec tout ce que cela comporte en termes de rôle social et politique et d’interactions voire d’identification avec les milieux de pouvoir . (25)
Aujourd’hui les ” autorités illicites ” sont désormais accréditées comme une des trois nouvelles catégories d’acteurs privés – au même titre que les ” autorités de marché ” et les ” autorités morales ” – qui concourent à l’élaboration, à la décision, à la mise en œuvre et au contrôle des normes capables d’influencer les parcours et les valeurs de la globalisation (26). L’histoire de Cosa Nostra apparaît en mesure d’expliquer cette montée en puissance des autorités illicites, ainsi que leurs interdépendances avec les acteurs majeurs des sphères politiques et économiques.
La corruption a été l’un des instruments grâce auxquels l’économique a souvent réussi à influencer le politique. En devenant un pouvoir économique elle-même, la mafia a eu donc accès au plus haut niveau d’influence des décisions politiques par un usage stratégique de la corruption.
Le phénomène de la mondialisation se caractérise, enfin, par une manifestation tout à fait particulière et de grand intérêt pour l’évolution future des configurations criminelles en général et mafieuses en particulier : l’économique s’identifiant toujours plus au politique, l’instrument de la corruption est toujours moins nécessaire aux pouvoirs économiques pour influencer les décisions politiques.
Cela crée une assimilation voire une confusion des rôles, définie ” conflit d’intérêt “. A défaut de pouvoir démontrer que cela est déjà arrivé, un tel cas de figure pourrait consentir – à travers les pouvoirs économiques d’origine criminelle – l’entrée des pouvoirs criminels ” tout court ” aux sommets des hiérarchies des Etats démocratiques.


NOTE

(1) OGD, Atlas mondial des drogues, PUF, Paris, 1996.
(2) CHOISEUL PRASLIN Charles Henry de, La drogue, une économie dynamisée par la répression, CNRS, Paris, 1991.
(3) MAINARDI Roberto, Geografia generale, Nis, Roma, 1995.
(4) THUAL François, Méthodes de la géopolitique. Apprendre à déchiffrer l’actualité, Ellipses, Paris, 1996.
(5) SANTINO Umberto, La mafia interpretata, Rubbettino, Soveria Mannelli, 1995.
(6) La “loi du silence”.
(7) ARLACCHI Pino, La mafia imprenditrice. L’etica mafiosa e lo spirito del capitalismo, Il Mulino, Bologna, 1983.
(8) CATANZARO Raimondo, Il delitto come impresa. Storia sociale della mafia, Donzelli, Roma, 1988.
(9) GAMBETTA Diego, La mafia siciliana. Un’industria della protezione privata, Einaudi, Torino 1992.
(10) Alors que dans le système juridique italien l’action pénale est obligatoire.
(11) PANTALEONE Michele, Mafia e droga, Einaudi, Torino, 1966.
(12) Au moins 700 kilos. COMMISSIONE ANTIMAFIA VI Legislatura, Relazione sul traffico mafioso di tabacchi e stupefacenti, doc XXIII n°2, 1976.
(13) Commission Kefauver et Boggs Act en 1951, Narcotic Control Act en 1956, Commission McClellan en 1962.
(14) Littéralement: “Fléchis, roseau, tant que dure la crue du fleuve”.
(15) MONZINI Paola, Gruppi criminali a Napoli e Marsiglia. La delinquenza organizzata nella storia delle due città (1820-1990), Meridiana Libri, Catanzaro, 1999.
(16) Dans leur remarquable ouvrage Lamour et Lamberti oublient même de la citer. LAMOUR C. – LAMBERTI M., Il sistema mondiale della droga, Einaudi, Torino, 1973.
(17) Connus sous le nom de ” cadavres exquis ” les meurtres de personnalités se succèdent, certains dirigés contre les forces de l’ordre (Colonel Giuseppe Russo 1977, Commissaire Boris Giuliano 1979, Juge Cesare Terranova 1979, Capitaine Emanuele Basile 1980, Procureur Gaetano Costa 1980, Procureur en chef Rocco Chinnici 1983, Juge Gian Giacomo Ciaccio Montalto 1983, Commissaire Giuseppe Montana 1985, Commissaire Nini Cassarà 1985) d’autres de nature politique (Secrétaire provincial Démocratie Chrétienne Michele Reina 1979, Avocat Giorgio Ambrosoli 1979, Président régional Piersanti Mattarella 1980, Secrétaire régional Pio La Torre 1982, Préfet Carlo Alberto dalla Chiesa 1982).
(18) FAVA Claudio GAMBINO Miki, Trapani e le banche. Più di Zurigo, “I Siciliani”, Catania, maggio 1984.
(19) STAJANO Corrado, a cura di, Mafia. L’atto d’accusa dei giudici di Palermo, Ed. Riuniti, Roma, 1996.
(20) S. A., Armi e droga. L’atto d’accusa del giudice Carlo Palermo, Ed. Riuniti, Roma, 1988.
(21) 14 mai ’93, rue Fauro (Rome) : 21 blessés. 27 mai ’93, rue Dei Georgofili (Florence) : 5 morts, 29 blessés, patrimoine artistique endommagé. 2 juin ’93, Palais Chigi (siége du gouvernement, Rome) : auto piègée désamorcée. 28 juillet ’93, rue Palestro (Milan) : 5 morts, 10 blessés, patrimoine artistique endommagé. Basilique de San Giovanni (Roma) : 14 blessés, patrimoine artistique endommagé. Basilique de San Giorgio (Roma) : patrimoine artistique endommagé. 31 octobre ’93, Stade Olimpico : auto piègée désamorcée destinée à un autobus plein de Carabinieri.
(22) Confédération nationale des commerçants. CONFCOMMERCIO, Quanto pesa il mercato criminale, Black Day, 13 novembre 2000.
(23) TESCAROLI L., Tornare alla mafia, “Omicron 33″, luglio agosto 2001.
(24) Une interprétation, généralement perçue comme trop axée sur la théorie du complot mais qui a quand même le mérite de mettre en évidence la mondialisation précoce de la Cosa Nostra. STERLING Claire, La pieuvre, Ed. Lafont, Paris, 1990.
(25) SANTINO Umberto, Il circolo vizioso, “Narcomafie”, Gruppo Abele, Torino, Maggio, 2002.
(26) CHAVAGNEUX Christine, La montée en puissance des acteurs non étatiques, in JACQUET Pierre – PISANI-FERRY Jean. – TUBIANA Laurence, Gouvernance Mondiale. Conseil d’Analyse Économique, La Documentation Française, 2002.

In “Hérodote”, n. 112, 1° trimestre 2004, La Découverte, Paris.